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Les fausses croyances liées à l’éducation
2019 | 10

Nos croyances nous accompagnent tous les jours. Elles nous permettent de comprendre le monde qui nous entoure et de lui donner du sens. Elles influencent aussi nos comportements et attitudes, notamment vis-à-vis des enfants. Mais concordent-t-elles avec leur réalité ? Caprice, doudou, langage… À travers ces quelques exemples, nous questionnons la différence entre nos croyances et les besoins réels de l’enfant.

Par Amélie Dieudonné

Mots-clés : éducation, croyances, famille, caprice, doudou, besoins, enfant

Les fausses croyances liées à l’éducation

Un « café CERE [1] » a été l’occasion d’un échange et d’un partage de connaissances autour de la thématique des fausses croyances liées à l’éducation. Or, l’éducation nous touche tous de près ou de loin. Qu’on ait des enfants ou pas, qu’on travaille dans le domaine de l’éducation ou non, on aura tous un avis sur le sujet. Il nous a dès lors semblé utile et intéressant de proposer cette analyse à la suite de notre intervention au sein du café CERE de ce 20 septembre 2019, rédigée à partir du contenu exposé lors de la rencontre. Elle propose d’aborder les mythes et fausses croyances en posant la question de la différence entre une croyance et le réel besoin de l’enfant et en évoquant brièvement et de façon concrète le mythe et les valeurs familiales définis par la systémique.

Les croyances comme guide

Nos croyances nous accompagnent tous les jours et nous permettent de comprendre le monde qui nous entoure et de lui donner un sens. Tous les êtres humains sont habités par cette recherche de sens et créent ainsi de nouvelles croyances à partir de liens et déductions, d’expériences personnelles et d’informations reçues. Dans un magasin par exemple, pour donner du sens à une petite scène à laquelle on assiste, notre cerveau construira la croyance que si cet enfant réclame des bonbons c’est parce que sa maman a l’habitude de lui en donner.

Et c’est souvent au moment où un couple décide d’être parents que les croyances éducationnelles vont alors devenir un sujet important de réflexion ou de discussion.

Avant d’être des parents, les adultes sont d’abord des personnes avec un passé, des valeurs, des croyances et des principes. Il est donc normal que les valeurs et croyances des parents influencent la manière dont ils vont agir avec leurs enfants. Ces croyances, stables et ancrées, vont influencer nos comportements et attitudes [2]. Notre histoire et notre bagage familial influencent, eux aussi, nos croyances. Chaque famille est unique, partage des codes, des idées, et ainsi un « mythe ». Le mythe familial, concept amené par Ferreira [3] dans les années soixante et repris plus tard par R. Neuburger [4], désigne « un ensemble de croyances organisées, partagées par les membres de la famille et leur conférant des rôles spécifiques ». Il s’agit de l’image que la famille se donne d’elle-même et que les membres de la famille ont à cœur de maintenir. Le mythe unit la famille et lui donne une identité sans pour autant que cela soit conscient. Il existe autant de mythes que de familles : par exemple, « nous sommes une famille d’artistes », « chez nous les femmes sont autoritaires », « nous sommes une famille de génies », etc. Le mythe familial organise la famille, engendre des règles de fonctionnement et attribue des rôles et fonctions spécifiques aux différents membres de la famille [5].

Ainsi, le mythe fédère la famille et a une influence sur les comportements, attitudes, cognitions, modes de pensées de chacun. Il influence ainsi la vision de chaque membre de la famille en terme d’éducation et par conséquent, ses choix et décisions.

Par exemple, dans une famille dont le mythe porte autour de l’art, certains décideront d’inscrire leurs enfants dans une école artistique et feront le choix d’activités parascolaires artistiques plutôt que sportives.

Les croyances, les pensées, l’expérience passée et la culture familiale servent alors de guide et de repères aux parents et à leurs conduites parentales [6].

Un équilibre à trouver : respecter l’histoire personnelle et les croyances des adultes tout en remplissant les besoins fondamentaux de l’enfant

Au fil des années, le statut de l’enfant dans notre société ne cesse d’évoluer, il occupe une place plus importante, mais, pour autant, la reconnaissance de l’enfant comme individu pensant et sensible ne signifie pas que l’enfant est « roi » ou adulte.

L’évolution de la recherche scientifique a permis de comprendre plus en détails le développement physique mais aussi psycho-moteur et affectif de l’enfant et a mis en évidence des besoins fondamentaux qui nous amènent à revoir nos façons d’agir et d’éduquer. Répondre à ces besoins est indispensable au développement de l’enfant, à la réalisation de soi et nécessite des compétences parentales.

L’enfant est petit, vulnérable, dépendant de ses parents et, à chaque âge, il a des besoins spécifiques. A. Maslow classe les besoins sous forme de pyramides en fonction de leur priorité [7].

Aujourd’hui, c’est un modèle à relativiser car la conception hiérarchisée des besoins a été remise en question mais il est intéressant car il est un des premiers à mettre en évidence des besoins autres que « manger et dormir » tels que le besoin d’estime ou d’accomplissement.

T. Brazelton [8], lui, parle de besoins « incontournables » et en cite sept : le besoin de relations chaleureuses et stables ; le besoin de protection physique, de sécurité et de régulation ; le besoin d’expériences adaptées aux différences individuelles ; le besoin d’expériences adaptées au développement ; le besoin de limites, de structures et d’attentes ; le besoin d’une communauté stable, de son soutien, de sa culture ; le besoin de protection de notre avenir.

Il se détache lui aussi des besoins physiologiques et souligne ainsi l’importance des besoins affectifs et relationnels nécessaires au développement de l’enfant et à sa construction.
Notons que les besoins évoluent inévitablement en fonction de l’âge de l’enfant mais ils n’en restent pas moins prioritaires sur ceux des adultes.

Enfin, M. Berger, pédopsychiatre, met en évidence les besoins de jeu, de stimulations, d’appartenance, de limites cohérentes et parle de l’attachement comme besoin prioritaire. Selon lui, le premier besoin de l’enfant n’est pas d’être aimé mais rassuré. En effet, avoir un lien sécure est vital d’un point de vue psychique car le sentiment de sécurité participe à la construction de la personnalité. Ce besoin a été reconnu par l’OMS, il s’agit donc d’une clinique, d’un savoir mis en évidence par des études et non d’une opinion [9].

Ces besoins ne peuvent donc être niés sous aucun prétexte et priment sur nos valeurs, pensées, croyances pourtant bien ancrées.

Déconstruire nos croyances… Caprices, doudou, langage : quels besoins cachés ?

Par conséquent, être parent aujourd’hui demande sans doute cette ouverture aux nouvelles théories, cette remise en question, cette adaptation et ce travail subtil de la recherche d’équilibre entre les besoins indispensables de son enfant et son propre système de croyances, voire son identité.

Concrètement, cela signifie qu’une déconstruction de certaines de nos croyances est nécessaire.
Premièrement, prenons l’exemple des « caprices » [10] et découvrons que derrière ce terme découle une série de croyances infondées au regard du développement de l’enfant, de ses capacités et de ses besoins.

Une croyance très forte qui existe chez beaucoup d’adultes est que l’enfant veut mais n’a pas besoin. Et c’est à partir de cette première croyance qu’apparaît la suivante : l’enfant va alors nous manipuler intentionnellement pour obtenir ce qu’il veut. Le caprice serait un comportement réfléchi de l’enfant pour obtenir ce qu’il souhaite. Or, un fait très simple vient contredire cette croyance : avant 4 ou 5 ans, l’enfant n’est pas en capacité intellectuelle pour le faire.

Une autre idée fortement partagée est que l’enfant en rajoute, hurle, tape des pieds de façon exagérée par rapport à la situation et à sa frustration. Nous savons aujourd’hui que le cerveau des enfants (jusque 7 ans) est immature. En effet, les lobes temporaux et frontaux du néocortex, qui nous permettent de réguler nos émotions, ne sont pas encore développés chez l’enfant. Ils sont donc incapables de gérer leurs émotions, de les tempérer et de les vivre de façon « modérée ». C. Gueguen parle de « tempêtes émotionnelles » pour désigner ces émotions intenses que vivent les jeunes enfants encore incapables de les réguler [11].

Par ailleurs, le contexte joue un rôle important dans l’apparition des « caprices ». Effectivement, il n’est pas rare d’observer ce genre de comportement dans un supermarché, à une fête, à la foire, etc. Ce sont tous des endroits où l’adulte peut penser que son enfant a tout ce qu’il faut pour s’amuser et passer un moment agréable. Pourtant la crise survient à la moindre frustration et ce n’est pas un hasard. Ce genre de lieux est extrêmement chargé en stimulations visuelles et sonores et l’enfant, dont le cerveau n’est pas encore en mesure de traiter toutes ces informations, va se trouver submergé. Face à la frustration, il « explose » et déverse toutes les tensions accumulée
s.

Enfin, notons que la colère est un sentiment nécessaire et primordial qui permet à l’enfant de s’affirmer si l’adulte la laisse se manifester et aide l’enfant à la canaliser. Finalement, le « caprice » permet aussi d’intégrer la différence entre désir et réalité et de comprendre les notions de règles et de limites.

Deuxièmement, prenons l’exemple du doudou [12] autour duquel nous avons tou.te.s une opinion. « ça ne sert à rien, ça l’empêche de jouer, il est toujours collé à son doudou, il est grand il n’en a pas besoin, s’il le garde tard il ne pourra jamais s’en détacher, … ».

Ce dont nous sommes certain.e.s en tout cas c’est que le nourrisson va faire face dès sa naissance à un monde auquel il n’est pas préparé et ce, sans transition. Peu à peu, il prendra conscience des limites de son corps et fera l’expérience angoissante de la séparation avec sa mère [13]. Selon Winnicott, c’est à ce passage qu’intervient l’objet transitionnel, autrement dit, le doudou. Il est le lien entre la mère et l’enfant et il représente une sorte de substitut maternel qui va lui permettre de s’en détacher. Le doudou permettra alors la séparation car il est le garant de la permanence de l’objet (la mère existe toujours même si l’enfant ne la voit pas). Plus tard, le doudou représentera le lien entre ce que l’enfant connaît et ce qu’il peut appréhender, il servira de relais entre la maison et l’inconnu.

Ainsi, le doudou donne un sentiment de sécurité indispensable au bon développement de l’enfant. Certains n’en n’ont pas besoin mais dans le cas contraire, il est important que le doudou ne soit pas utilisé comme récompense ou source de chantage. Un doudou accessible rendra l’enfant autonome si l’adulte peut accompagner celui-ci, l’aider à décoder ses émotions et à savoir si il a besoin de son doudou ou non.

Enfin, troisièmement, prenons le langage comme dernier exemple à propos duquel nous avons une multitude de croyances. Certains croient que les enfants ne comprennent pas avant de savoir parler, d’autres qu’ils ne comprennent pas les mots compliqués, etc. Toutes ces idées influencent notre façon de faire quotidiennement.

Mais la communication est complexe car, en plus de mots parlés, il existe une multitude de signaux qui entourent la parole. Il s’agit de « l’habillage » c’est-à-dire le langage non verbal et tout ce qui a trait au langage corporel. Et les enfants y sont particulièrement sensibles. Donc, au-delà des mots, leur compréhension est très fine car ils sont capables de décoder le paralangage (le timbre de la voix, la gestuelle, les postures, etc). Les bébés comprennent avec le regard. De plus, il a été démontré que, dès 6 mois, les bébés peuvent comprendre des mots employés au quotidien et ainsi saisir les intentions des adultes. Parler à son enfant lui permettra donc d’interpréter correctement son environnement. C’est l’aider, par exemple, à anticiper les absences et les retrouvailles, à donner une forme à ce qui va se passer, sans quoi l’enfant risque de rester dans un « vide » insécurisant [14].

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles



Licence Creative Commons
Les fausses croyances liées à l’éducation de Amélie Dieudonné est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.



[1Les cafés CERE sont des discussions-conférences traitant de diverses thématiques liées à l’enfance (0-18 ans). Pour plus d’informations sur les cafés CERE, consulter : http://www.cere-asbl.be/spip.php?article251

_

[2Source : Bédard, Luc, Déziel, Josée, Lamarche, Luc, Introduction à la psychologie sociale  : vivre, penser et agir avec les autres, ERPI, Saint-Laurent, QC, Canada, 2006

_

[3Ferreira est un thérapeute américain de l’école de Palo Alto. Il a défini le concept en 1963.
Hachet, P. (2001). Hachet Pascal, « Les mythes individuels et les mythes familiaux à la lueur de la théorie de l’introjection selon Nicolas Abraham et Maria Torok », Dialogue, 2001/1 (no 151), p. 112-119. DOI : 10.3917/dia.151.0112. URL : https://www.cairn.info/revue-dialogue-2001-1-page-112.htm

(dernière consultation le 05 octobre 2019)

[4_ R. Neuburger est psychiatre, thérapeute de famille et directeur du Centre d’étude de la famille association (CEFA)
Neuburger Robert, « Relations et appartenances », Thérapie Familiale, 2003/2 (Vol. 24), p. 169-178. DOI : 10.3917/tf.032.0169. URL : https://www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2003-2-page-169.htm

(dernière consultation le 05 octobre 2019)

[5_
Source : Boxus, Natacha, Roubaix, Benjamin, Marcu, Roxana, Musique, Catherine, « Le mythe familial » 2012, https://www.systemique.be/spip/ (dernière consultation le 05 octobre 2019)

[6_
Grusec JE, Danyliuk T, Les attitudes et croyances parentales et leur impact sur le développement des enfants,

University of Toronto, Canada Décembre 2014, Éd. rév.

[7_
Maslow est un psychologue américain et hiérarchise les besoins sous forme de pyramide dans les années quarante. Riveline Claude, « Idées. La pyramide de Maslow revisitée », Le journal de l’école de Paris du management, 2015/3 (N° 113), p. 7-7. DOI : 10.3917/jepam.113.0007. URL : https://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2015-3-page-7.htm (dernière consultation le 05 octobre 2019)

[8_
Brazelton est un pédiatre américain. Informations recueillies sur le site de l’Observatoire National de la Protection de l’enfance : https://www.onpe.gouv.fr/system/files/publication/notedactu_besoins_de_lenfant.pdf

(dernière consultation le 05 octobre 2019)

[9_
Source : Berger, Maurice, « Besoins fondamentaux de l’enfant », 2016, http://mauriceberger.net/wpmaurice/wp-content/uploads/2017/03/Besoins-Fondamentaux-De-L-Enfant.pdf (dernière consultation le 05 octobre 2019)

[10_
Source : Filliozat, Isabelle, http://www.filliozat.net/isabelle-filliozat/ (site consulté le 5 octobre 2019)

[11_
Catherine Gueguen, conférence où cette pédiatre présente son livre « Pour une enfance heureuse : Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau », 2014

[12_
Informations qui suivent travaillées à partir de l’article « Doudou… ou objet transitionnel » par Chrystel Benoît-Marhuend, psychanalyste https://www.psychaanalyse.com/pdf/Doudou_objet_transitionnel.pdf

(dernière consultation le 05 octobre 2019)

[13_
Ou la personne qui est sa principale figure d’attachement

[14_
Informations travaillées à partir de Golse Bernard, « Les débuts de la communication au regard du programme de recherche dit « pile » (Programme international pour le langage de l’enfant) », Contraste, 2014/1 (N° 39), p. 69-97. DOI : 10.3917/cont.039.0069. URL : https://www.cairn.info/revue-contraste-2014-1-page-69.htm

(dernière consultation le 05 octobre 2019)



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