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Vite, vite ! Parents et enfants pressés par le temps
2019 | 02

Par Christine Acheroy

Mots clés : temps, accélération, instantanéité, ennui, fragilité

Vite, vite ! Parents et enfants pressés par le temps



Le temps au XXIe siècle : rentabilité, vitesse et immédiateté

Le mythe de Cronos, qui mangeait ses enfants aussitôt nés, jusqu’à ce que Zeus, le plus jeune et le plus vigoureux, l’enchaine, témoigne de la douloureuse perception humaine « d’un Temps qui tue mais ne peut pas être tué [1] ». Mais qu’est donc le temps ? Ce n’est pas un phénomène objectif, extérieur et unilinéaire, mais l’objet de conceptions changeantes selon les époques et les sociétés [2]. Pour Saint Augustin [3], il y a trois temps : « un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente [4] ». En Occident, le rapport au temps, « stationnaire [5] » jusqu’au XVIIIe siècle, est entré, avec la révolution industrielle, dans une logique « cumulative » : le lien entre accumulation des découvertes, des connaissances, des machines et progrès induit un processus d’accélération du rythme de vie des individus – et non du temps. Car ce sont les individus qui accélèrent toujours davantage, « se contractent et se compriment toujours plus pour répondre aux exigences d’une économie et d’une société qui tournent à une vitesse toujours plus grande, exigent des performances toujours plus poussées et des actions toujours plus immédiates [6] ».

Le temps est désormais une valeur qui semble relever d’une logique d’utilité, de rentabilité et de performance [7] s’inscrivant dans la logique productiviste capitaliste : le temps c’est de l’argent. Et même le temps du loisir est un bien à maximiser, que l’on prend soin de « remplir » avec toutes sortes d’activités.

Cette dynamique s’est accentuée avec la révolution numérique et communicationnelle qui a également modifié notre rapport au délai, avec l’émergence du « temps réel » : « l’instantanéité technologique, jointe aux exigences d’une concurrence mondialisée, a entraîné le règne de l’immédiateté. Et l’exigence d’immédiateté contribue à produire l’urgence, même quand celle-ci n’est pas nécessaire [8]. » Notre manière d’être au monde en est bouleversée : désormais, nous vivons dans « l’urgence, l’instantanéité et l’immédiateté [9] ». Or « l’instantanéité, c’est le non-temps, en tout cas existentiellement, puisque c’est le cas où le temps n’est plus ressenti [10] ».

Si, selon Heidegger, la condition humaine se définit par sa capacité à « s’ancrer-dans-le-temps », tandis que le temps, de par sa « fonction hébergeante » est ce qui permet de saisir la réalité fondamentale du Dasein (’être-là’), par quoi se définit l’être de l’homme [11], que devient la nature humaine dans ce nouveau cadre temporel ?

Selon Nicole Aubert, l’individu « hypermoderne » est marqué par l’excès, « passant d’un désir à un autre dans une impatience chronique traduisant une incapacité à s’inscrire dans une quelconque continuité de soi, et recherchant des sensations fortes liées à la seule jouissance de l’instant présent [12] ». Quant au rapport à l’autre, par faute de temps, il se traduit souvent par « une quête de sensations rapides et éphémères ». Ainsi, l’individu est passé « de la quête d’un sens à donner à sa vie à la poursuite de sensations rapides et intenses, soit pour s’étourdir et évacuer ainsi la question du sens, soit pour trouver dans les limites du corps une frontière de sens que ne donne plus l’ordre social [13] », devenant un être « à l’identité incertaine [14] et fragile [15] ».

Comment ce nouveau cadre, temporel et psychique, marque-t-il la fonction parentale et les enfants ?

La parentalité des temps « remplis », « accélérés » et « instantanés »

« La famille diffuse à la génération nouvelle des ’manières de faire avec le temps’, qui se propagent par imitation [16] ». Quelles sont-elles aujourd’hui ? Hyper-occupés, les parents [17] vivent à des rythmes effrénés et transmettent à leurs enfants les « temporalités managériales » qu’ils ont intériorisées [18].

Sophie Marinopoulos [19] décrit, par exemple, la situation où « les mères qui travaillent sont pressées de partir travailler pour pouvoir quitter le bureau au plus tôt. Elles sont pressées de retrouver l’enfant pour le ramener tout de suite à la maison. Elles sont pressées de lui ôter son manteau pour pouvoir vite, vite, profiter de sa présence. Elles sont pressées de le coucher pour pouvoir enfin se reposer [20] ». Par conséquent, d’après cette auteure, « ce que les enfants vivent souvent, en famille, c’est d’être pris dans une tornade. Ils grandissent entre le ’attends’ et le ’dépêche-toi’. Ils sont pris dans la course folle de leurs parents, qui n’ont pas le temps [21] ».

Ces parents hyper-occupés, lorsqu’ils sont absents, « remplissent » le temps de leurs enfants [22] : après l’école, il y a l’école des devoirs, les activités parascolaires, les cours divers, les stages de vacances… Mais ils « remplissent » aussi parfois le temps des enfants parce que, pris dans cette tyrannie de rentabilité, ils ne supportent pas de les voir « ne rien faire [23] ».

Par ailleurs, lorsqu’ils sont présents, beaucoup de parents cherchent aussi à « remplir le vide [24] » chez l’enfant, comme si l’aimer c’est « tout donner tout le temps [25] ». Par exemple, certaines femmes qui travaillent « cèdent à tout ce que l’enfant demande, sous prétexte qu’il a dû faire sans elles durant cette longue journée [26] ». Que ce soit pour compenser une absence dont ils se sentent coupables ou pour profiter des rares moments passés ensemble, de nombreux parents évitent d’entrer dans des relations conflictuelles avec leur enfant, remplissant son temps pour le faire taire :

(…) Vient en premier lieu l’impératif de tout faire vite, et surtout de répondre immédiatement aux demandes de l’enfant pour ne pas laisser s’installer un espace de contrariété. Juste après vient la nécessité d’être en permanence en contact avec l’enfant. Si elles (les mères) doivent s’éloigner quelques minutes, quelques secondes, il faut qu’elles lui donnent « quelque chose » (…) quelque chose qui les autorise à être ailleurs, à faire ailleurs [27].

Par conséquent, les parents offrent aux enfants un modèle de rapport instantané au temps qui tend à dévaloriser l’attente.

Les enfants de l’ère du temps immédiat et accéléré

Les enfants intériorisent le rythme effréné des parents comme une normalité. Mais ce rythme peut affecter leur développement dans la construction de soi, les relations interpersonnelles et l’intégration dans la société.

La construction de soi

Quand les parents sont continuellement occupés et pressés, les moments où les enfants peuvent disposer librement de leur temps sont de plus en plus réduits et la confrontation à l’ennui tend à disparaitre. Hors, le vide de l’ennui, vécu en alternance avec le « plein », est nécessaire, car il est le fondement à partir duquel la pensée peut émerger, se développer et l’enfant grandir. C’est « un temps de solitude qui anime le désir, engage l’imaginaire, soutient la créativité. Un temps indispensable au devenir soi. […] A partir de l’ennui, […] c’est la dimension vitale de l’être qui se révèle, démontrant comment le plaisir trouve sa source dans le manque [28] ».

Mais l’enfant habitué au plein cherche le plein. Il vit le temps vide, « comme une angoisse, un gouffre dans lequel il tombe [29] ». Incapable d’être seul, il peut développer un « mode addictif de relation à la présence et aux objets [30] ». Plus tard, adolescents vulnérables [31], ils risquent de s’élancer « à corps perdu dans un « tout-vouloir », un « tout-pouvoir » qui, loin de les rendre libres, les enferment dans l’addiction du « plein » [32] » : ils consomment des écrans, de l’alcool, du tabac, des jeux, des achats…

Par ailleurs, lorsque l’adulte vit dans l’immédiateté, « la structuration psychique de l’enfant se déséquilibre, […] l’enfant ne parvient pas à se déprendre du mirage de la satisfaction immédiate et totale, se met répétitivement en colère contre la résistance du monde, du temps et des autres […]. Alors, sans ancre et sans amarre, il est lui-même emporté par une pulsionnalité qu’aucune limite ne vient contraindre à s’élaborer en désir. […] L’enfant, lancé malgré lui dans un espace-temps que n’oriente nul désir personnel ayant pu s’élaborer en l’absence d’interdit constitutif, erre à toute vitesse vers nulle part [33] ».

D’une part, la réponse immédiate, en empêchant l´émergence du désir chez l’enfant, l’exclut de toute mise en projet. Ainsi, « le passé et le futur s’effacent. Le sens de la vie se dilue ». D’autre part, la frustration, qui procède du décalage temporel entre un désir et sa satisfaction (ou sa substitution), soutient, comme l’ennui, le processus psychique de développement [34] du jeune enfant. Le temps d’attente, temps « vide » devient une opportunité, un temps où l’enfant « se remplit d’émotions, de mouvements, d’images [35] » qui induisent le développement de sa pensée.

Le décalage temporel des réponses face à ses désirs permet également à l’enfant d’apprendre [36] le passage d’une satisfaction immédiate à une satisfaction différée, d’une satisfaction totale à une satisfaction partielle et d’une satisfaction voulue à une satisfaction substitutive et/ou négociée. Ainsi, l’enfant apprend à gérer progressivement sa pulsionnalité et intègre le sens des limites [37].

Les relations interpersonnelles

« Face à la surcharge des parents, certains enfants, loyaux, essaient de ne pas prendre du temps à leurs parents. Cela peut poser question au niveau du lien, on n’a plus le temps d’être ensemble [38] ». Si l’essentiel est la qualité du lien et non la quantité de temps passé ensemble, cette qualité ne peut exister en dehors d’un certain temps. Car regarder, écouter, dialoguer, observer son enfant au quotidien et être disponible prennent du temps. Le manque de temps peut induire une fragilité du lien parent-enfant et générer chez ce dernier une attitude et une image de soi propices au retrait (afin de ne pas déranger ni surcharger).

Par ailleurs, les enfants qui développent un mode d’être addictif à la présence ou aux objets, présentent également une fragilité relationnelle [39]. Car, que devient la relation à l’autre lorsque, incapable d’être seul, celui-ci sert à combler mon vide [40] ?

L’intégration sociétale

Finalement, comment, dotés de cette fragilité relationnelle, ces enfants devenus adultes pourront-ils s’engager dans un projet de société ? Car l’accélération semble conduire à une posture globale de désengagement. Selon Harmut Rosa [41], « nous échouons à intégrer nos épisodes d’action et d’expérience (et les marchandises que nous acquérons) à la totalité d’une vie, et par conséquent nous sommes de plus en plus détachés, ou désengagés, des temps et des espaces de notre vie, de nos actions et de nos expériences, et des choses avec lesquelles nous vivons et nous travaillons. Il n’est pas surprenant que cela soit valable également sur le plan social [42] ».

Que faire ?

« Quand prendrons-nous conscience que nos enfants précocement ’remplis de tout’ dès leur plus jeune âge s’engagent dans un mode addictif de relation à la présence et aux objets [43] ? », et que cette « surenchère addictive va à l’encontre de leur bonheur [44] », questionne Sophie Marinopoulos.

Quand prendrons-nous conscience que « le vide, le rien, le manque, l’ennui sont des nourritures indispensables qui conduisent l’enfant vers l’autonomie de son être [45] », fondement du développement de relations interpersonnelles saines et de son engagement dans la société ?

Face à la tyrannie du « faire » et du « plein », osons résister. Réhabilitons des moments d’arrêt et de vide dans nos vies et celles de nos enfants. Acceptons le rôle, difficile, d’imposer des manques et des frustrations à nos enfants. Récupérons les valeurs spirituelles qui supposent la lenteur : la méditation, le rêve, l’amitié, l’amour… Réhabilitons la mémoire et l’attente, l’Histoire, cette « méthode de pensée qui forge des esprits capables par eux-mêmes de juger de la valeur des choses [46] ».

Prenons le temps d’approfondir le lien à soi et aux autres. Se parler, s’écouter, dans nos familles, entre amis, dans nos communautés. Soyons subversifs et créatifs, afin de nous libérer et de libérer nos enfants de l’aliénation aux objets, aux personnes ou à l’instant.

Résistons collectivement, en réseaux, avec tous ceux qui accompagnent les enfants, à « l’injonction culturelle mais aussi, de plus en plus, institutionnelle, de l’économie du temps [47] ». Afin de se donner et de donner aux enfants la possibilité d’être soi, la capacité de résister à l’accélération du monde et celle de construire ensemble des liens harmonieux, durables et pacifiques entre les êtres et avec notre environnement et bâtir des sociétés réellement humaines.

Pour moi, la vitesse, c’est la violence de la violence. C’est la violence suprême.

Je donne un exemple : avec ma main, je peux caresser la joue d’une femme ou d’un enfant.

Avec la même main, je peux faire un impact sur cette joue.

C’est la même main. Ce n’est pas la même vitesse. 

Paul Virilio [48]

Christine Acheroy







Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles



Licence Creative Commons
Vite, vite ! Parents et enfants pressés par le temps de Christine Acheroy est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.



[1Bénévent Raymond, « L’idéologie de l’immédiateté », in La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2003/3 (no 53), p. 10, DOI : 10.3917/lett.053.0009, [en ligne] URL : https://www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2003-3-page-9.htm# (dernière consultation le 14 février 2019)

[2Hirsch, 2017, p. 26, cité par Hachet, Benoît, « Le travail du temps dans les familles contemporaines », in Enfances Familles Générations , 29 | 2018, [en ligne], URL : http://journals.openedition.org/efg/1792 (dernière consultation le 14 février 2019)

[3Saint Augustin (354 – 430 ap. J.-C.), évêque d’Hippone est un philosophe chrétien, auteur de multiples ouvrages, dont la Cité de Dieu, l’ouvrage le plus reproduit par les copistes du Moyen-Âge. Source : https://www.les-philosophes.fr/auteur-saint-augustin.html (dernière consultation le 14 février 2019)

[4Saint Augustin, Les Confessions, Livre XI, cité par Bénévent, Raymond, « Adultes de l’immédiat, enfants de l’instant. Une certaine culture du temps », in Je est un Autre , n° 13, p.3, mai 2003, [en ligne], http://agsas-ad.fr/wp-content/uploads/2017/02/benevent_r_adultesimmediat.pdf (dernière consultation le 14 février 2019)

[5Claude Lévi-Strauss distingue l’histoire cumulative et l’histoire stationnaire  : Dans le premier cas, une culture utilise le temps pour accumuler événements et acquis, pour changer ou « bouger » le plus vite possible. Dans le second cas, elle choisit de conserver ses structures, en les perfectionnant. Source : Bénévent, Raymond, « L’idéologie de l’immédiateté, Une certaine culture du temps » in Je est un Autre , n° 13, mai 2003

[6La « compression du présent », selon Harmut Rosa, correspond à l’augmentation des expériences et des actions par unité de temps. Source : « Courir : éprouver les limites du rythme optimal. Bribes de réflexion anthropologique, sociologique et philosophique sur le temps anthropocénique inspirées des ouvrages d’Hartmut Rosa et Guillaume Le Blanc », IAC, Journée d’étude, 16/05/18, [en ligne], http://www.laboratoireespacecerveau.eu/fileadmin/user_upload/user_upload/morganegaillard.pdf

(dernière consultation le 14 février 2019)

[7Virilio, Paul, in « Gagner en vitesse, est-ce perdre du temps ? », France Culture, La grande table des idées, par Olivia Gesbert, émission du 21 janvier 2019, podcast en ligne,

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/gagner-en-vitesse-est-ce-perdre-du-temps (dernière consultation le 14 février 2019)

[8Aubert, Nicole, « L’urgence, symptôme de l’hypermodernité : de la quête de sens à la recherche de sensations », p.1 , in : Communication et organisation 29 | 2006, [En ligne], URL : http://journals.openedition.org/communicationorganisation/3365 (dernière consultation le 14 février 2019)

[9Aubert, Nicole, « L’urgence, symptôme de l’hypermodernité … », p.1

[10Bénévent Raymond, « L’idéologie de l’immédiateté »… p.14

[11Heidegger, Martin,. L’être et le temps, Gallimard, Paris, 1967, d’après Coutant, Philippe, à propos de Aubert, Nicole, Le Culte de l’Urgence, La société malade du temps, Flammarion, mars 2003, [en ligne], http://1libertaire.free.fr/Urgence02.html, (dernière consultation le 19 février 2019)

[12Aubert, Nicole, « L’urgence, symptôme de l’hypermodernité … », p.5

[13Aubert, Nicole, « L’urgence, symptôme de l’hypermodernité … », p.7

[14Ehrenberg, A., L’individu incertain, Calmann-Lévy, Paris, 1995, cité par Nicole Aubert

[15La fragilité identitaire des individus à l’époque des temporalités court terme est développée par Richard Sennett, sociologue et historien américain. Dans son livre La corrosion du caractère (2000), cet auteur analyse ce processus qui affecte l’individu contemporain. Dans une société qui ne s’intéresse qu’à l’immédiat et dans laquelle les exigences de mobilité et de flexibilité généralisée empêchent les individus d’entretenir des relations sociales durables, il est difficile d’éprouver un sentiment de continuité de soi et impossible de vivre des valeurs de long terme –fidélité, engagement, loyauté-. Bien que le fondement de cette impossibilité soit de nature économique – flexibilité obligée, restructurations permanentes –, on s’aperçoit que la structure familiale, au sein de laquelle se construisent les personnalités, intègre l’impact de cette mutation économique et adapte son mode d’éducation à cette nouvelle donne. Source : Aubert, Nicole, « L’urgence, symptôme de l’hypermodernité … », p.7

[16Hachet, Benoît, « Le travail du temps dans les familles contemporaines », Enfances Familles Générations, 29 | 2018, § 20, [En ligne], URL : http://journals.openedition.org/efg/1792 (dernière consultation le 14 février 2019)

[17Si elle concerne aussi les hommes, cette question de l’articulation des temps sociaux pèse toujours principalement sur les femmes, du fait de la répartition encore très inégalitaire de la prise en charge des enfants et des tâches domestiques (Champagne et al., 2015 ; Bianchi et al., 2006). Ainsi, « les femmes, et en particulier les mères, semblent être, bien plus que les hommes, les maîtresses du temps familial, à la fois dans son organisation présente, mais aussi dans la transmission aux enfants des manières de faire avec le temps. » Source : Hachet Benoit, « Le travail du temps dans les familles contemporaines »… §11

[18Ce mouvement qui a débuté avec les cadres d’entreprise s’est étendu à toutes les couches de la société. Sources : Horschild, cité par Ponsin, Annabelle, « Apprendre l’usage du temps dans les familles cadres : Une enquête en immersion », in Enfances, Familles, Générations, nº29, 2018, [en ligne], https://www.erudit.org/fr/revues/efg/2018-n29-efg03979/1051494ar/

de Gaulejac, Vincent, « Gagner en vitesse, est-ce perdre du temps ? », France Culture,
La grande table des idées, par Olivia Gesbert, émission du 21 janvier 2019, podcast [en ligne],

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/gagner-en-vitesse-est-ce-perdre-du-temps (dernière consultation le 30 janvier 2019)

[19Sophie Marinopoulos est psychologue clinicienne et psychanalyste, fondatrice du service de Prévention et de Promotion de la Santé Psychique (PPSP) à Nantes. Elle est également auteur de nombreux ouvrages.

[20Marinopoulos Sophie, Les trésors de l’ennui, Yapaka.be, 2017, p.37

[21Drory, Diane, « Grandir entre le ’attends’ et le ’dépêche-toi’ », décembre 2016, [en ligne], https://www.drory.be/articles/autres/grandir-entre-le-attends-et-le-depeche-toi (dernière consultation le 14 février 2019)

[22Remplir le temps des enfants peut aussi constituer une stratégie des parents afin de les préparer au mieux au monde compétitif qui les attend.

[23Les institutions qui entourent la famille oeuvrent également dans la même logique. Les milieux d’accueil, par exemple, organisent le temps des tout-petits en le remplissant d’activités selon un timing précis. Cette organisation constitue par ailleurs, pour les professionnel.le.s une manière de montrer leurs compétences et leur professionnalisme aux parents, de les rassurer sur la qualité des services mais aussi de justifier leur valeur monétaire et de réduire la culpabilité des parents liée à leur absence. Source : Ulmann Anne-Lise, « Le travail émotionnel des professionnelles de la petite enfance… », in Politiques sociales et familiales,

n°109, 2012, Métiers de la petite enfance : registres et dimensions de l’activité. pp. 47-57 ;

doi : 10.3406/caf.2012.2883, [en ligne] Ulmann Anne-Lise. Le travail émotionnel des professionnelles de la petite enfance.. In : Politiques sociales et familiales,

n°109, 2012. Métiers de la petite enfance : registres et dimensions de l’activité. pp. 47-57 ;

doi : 10.3406/caf.2012.2883, [en ligne], http://www.persee.fr/doc/caf_2101-8081_2012_num_109_1_2883 (dernière consultation le 14 février 2019)

[24Marinopoulos, Sophie, Les trésors de l’ennui…, p.39

[25Ibidem, p.31

[26Ibidem, p.37

[27Ibidem, p.38

[28Marinopoulos, Sophie, Les trésors de l’ennui…, p.5

[29Drory, Diane, Grandir entre le « attends » et le « dépêche-toi », [en ligne], https://www.drory.be/articles/autres/grandir-entre-le-attends-et-le-depeche-toi (dernière consultation le 14 février 2019)

[30Marinopoulos Sophie, p.40. Notons que l’incapacité d’être seul peut également conduire à se détourner de l’autre, sur le modèle du retrait autistique. Source : Audibert Catherine, « L’incapacité d’être seul et ses stratégies addictives », La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2009/3 (n° 77), p. 27. DOI : 10.3917/lett.077.0023. URL : https://www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2009-3-page-23.htm, (dernière consultation le 14 février 2019)

[31Ibidem, p.48

[32Ibidem, p.50

[33Bénévent, Raymond, « Adultes de l’immédiat, enfants de l’instant… » p.21

[34Winnicott, développe cette idée à travers le concept de la « mère suffisamment bonne », celle qui ne se donne pas entièrement mais qui, grâce à une alternance régulière de présences et d’absences, crée des espaces de manque chez l’enfant, générant ainsi en lui la possibilité d’imaginer, de développer une pensée et de dépasser ce manque ; c’est à dire, de grandir

[35Ibidem, p.19

[36Bénévent, Raymond, « Adultes de l’immédiat, enfants de l’instant… » p.19

[37Notons qu’une étude menée dans les prisons françaises a montré que ce n’était pas la prolifération fantasmatique qui entraînait les crimes les plus violents, mais au contraire la pauvreté de l’élaboration fantasmatique qui débouchait sur le passage à l’acte. Source : Bénévent, Raymond, « Adultes de l’immédiat, enfants de l’instant… » p.21. Cet auteur distingue les concepts de limite et de butée. La logique de la butée est celle de la barrière rencontrée dans l’extériorité, tandis que dans la limite, elle est intériorisée. Bénévent, Raymond, Ibidem, p. 22

[38Drory, Diane, Grandir entre le « attends » et le « dépêche-toi », [en ligne], https://www.drory.be/articles/autres/grandir-entre-le-attends-et-le-depeche-toi (dernière consultation le 14 février 2019)

[39Marinopoulos, Sophie, Les trésors de l’ennui…, p.48

[40Pour Harmut Rosa, « Il en résulte qu’il devient structurellement improbable que nous ‘’établissions une relation’’ avec autrui. Si vous êtes à court de temps, vous pouvez toujours être prêt à échanger des informations avec les autres et à coopérer avec eux sur des bases plus ou moins instrumentales, mais la dernière chose que vous ayez envie est de les écouter raconter leur vie ou leurs problèmes personnels » Source : Rosa, Harmut, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte, 2012, p. 133

[41Harmut Rosa est sociologue et politologue, professeur à l’Université Friedrich Schiller d’Iéna.
Il est également directeur du Max Weber Kolleg de l’Université d’Erfurt depuis 2013 et co-éditeur du journal Time & Society.

[42Rosa, Hartmut, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte, 2012, p.132

[43Marinopoulos, Sophie, Les trésors de l’ennui…, p. 40

[44Ibidem, p.40

[45Ibidem, p.40

[46Bonnechere Pierre, « L’histoire : définition et finalité « , in  Profession historien, Presses de l’Université de Montréal, 2008, [en ligne], https://books.openedition.org/pum/446?lang=fr (dernière consultation le 14 février 2019)

[47Bénévent, Raymond, Adultes de l’immédiat… p.24

[48de Gaulejac, Vincent, « Gagner en vitesse, est-ce perdre du temps ? », France Culture, La grande table des idées, …



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