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Enfants et jeunes adolescent·e·s face aux images violentes et sexuelles : comment les accompagner ?

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Enfants et jeunes adolescent·e·s face aux images violentes et sexuelles : comment les accompagner ?
2018 | 12

Les images de toutes sortes peuplent notre quotidien. Les dernières tendances en matière de réseaux sociaux accentuent cette tendance et montrent qu’il est désormais plus rapide, plus facile, plus efficace de communiquer avec des images. Quels sont les impacts réels sur les enfants ?

Par Lola Clavreul-Prat

Mots clés  : hypersexualisation, sexuel, violence, image, accompagnement

Les images de toutes sortes peuplent notre quotidien. Les dernières tendances en matière de réseaux sociaux accentuent cette tendance et montrent qu’il est désormais plus rapide, plus facile, plus efficace de communiquer avec des images : Twitter avait réduit les messages à 280 caractères, Instagram, Tik-Tok [1], Snapchat permettent désormais de (quasiment) se passer de texte.

Moyen privilégié de communication, les images sont disponibles voire imposées au regard de tou·te·s, dès le plus jeune âge. Parmi ces images, deux catégories semblent problématiques lorsqu’elles sont interceptées par le regard des plus jeunes : les images violentes et les images à caractère sexuel.

Avec l’avènement d’Internet, et plus encore, avec la généralisation des smartphones et de la connexion continue depuis les années 2000, la pornographie a « pénétré dans le monde des jeunes, leur chambre à coucher en particulier [2] ». Les images sexuelles surgissent au détour d’une faute de frappe, ou par le biais de fenêtres pop-up intempestives. Elles sont également présentes au quotidien, dans les multiples publicités présentes dans l’espace public, mais également dans les clips musicaux, dans les programmes TV… C’est une partie du phénomène que l’on nomme hypersexualisation.

Quant aux images violentes, on s’inquiète non seulement de celles que l’enfant pourrait voir dans un journal télévisé, et qui montrent une violence réelle, mais aussi de celles avec lesquelles l’enfant pourrait être en contact dans le cadre d’un film ou d’un jeu vidéo.

Impact des images violentes et sexuelles sur le développement et le comportement des plus jeunes

S’il s’agit de protéger les jeunes, c’est d’abord dans un souci de les prévenir du stress et du sentiment d’insécurité que ces images pourraient susciter chez eux/elles. Mais les parents et les professionnel·le·s sont nombreux/euses à s’inquiéter de l’impact que ces images pourraient avoir sur leur comportement.

On voit régulièrement paraître des articles de presse dénonçant les corrélations qui existeraient entre la consommation de telles images et des passages à l’acte violents ou à caractère sexuel. Pourtant, les résultats de recherches scientifiques récentes ne sont pas alarmants. Ainsi, par exemple, l’âge de la première relation sexuelle est relativement stable depuis plusieurs décennies. Qu’il s’agisse de contenus violents ou sexuels, les scientifiques s’accordent sur l’essentiel : « il n’est pas approprié d’y être confronté régulièrement lorsque l’on est trop jeune. Par contre, rien n’indique scientifiquement que l’un et l’autre ont un impact significatif sur les adolescents en général et leurs comportements. Tout au plus, ils constitueront un facteur explicatif mineur, parmi d’autres, de certaines situations impliquant des jeunes qui présentent une fragilité particulière du côté de la violence ou des excès comportementaux [3] »

Stratégies d’adaptation face à ces images

Il nous faut préciser qu’il existe une différence entre les images choisies et les images subies, et que l’impact de ces images et l’accompagnement nécessaire auprès de l’enfant est bien différent dans les deux cas.

Selon Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste français, face aux images violentes ou sexuelles, les enfants peuvent adopter trois stratégies : la mise en mots, les scénarios intérieurs et la symbolisation sur un mode émotionnel, sensoriel et moteur [4]. La mise en mots est plus ou moins facile selon l’âge de l’enfant et selon sa capacité à verbaliser non seulement ce qu’il/elle a vu, mais également ce que cela lui a fait ressentir au niveau des émotions et des sensations corporelles.

Les scénarios intérieurs consistent à rejouer par le récit ou par le jeu la situation ou les actions vues, et pour lesquelles il existe une difficulté d’interprétation immédiate. Cela peut se faire par exemple à travers les jeux ou la manipulation d’objets.

La troisième façon de prendre de la distance face à ces images, est de jouer (plus ou moins consciemment) à reproduire ce que l’enfant a vu : c’est l’imitation par le jeu qui permet alors d’absorber le choc émotionnel ressenti, et de le dépasser.

Le cadre est essentiel : pour toutes ces stratégies, il faut qu’un·e interlocuteur/trice puisse valider le choc ressenti et la stratégie adoptée par l’enfant pour dépasser ce choc. « Il n’y a jamais « l’enfant et les images », mais il y a toujours l’enfant, les images, sa famille, son environnement, ses copains, l’école… et c’est tout cela qui organise ses attitudes futures [5] ». L’environnement et les modèles de l’enfant vont alors soit renforcer soit contredire ce qu’il a pu voir.

Un impact modéré par les ressources individuelles

Une étude qualitative menée en 2016 sous la direction de Sophie Jehel [6] interroge les impacts psychosociaux des images violentes, haineuses et sexuelles sur la construction identitaire et la vulnérabilité des adolescent·e·s [7]. Partant du constat que la proximité rapide et facile des images sexuelles et/ou violentes constitue une nouveauté dans les conditions de socialisation, les chercheurs/euses responsables de cette enquête émettent l’hypothèse que cela représente une difficulté pour les plus jeunes. Ils.elles notent par ailleurs que de nombreux/ses expert·e·s en psychiatrie ont relevé que des mineur·e·s délinquant·e·s sont imprégné·e·s d’images de violence et de pornographie. Or, nombreux.ses sont les jeunes a être exposé·e·s aux images violentes et sexuelles, sans pour autant basculer dans la délinquance. Il s’agit donc de comprendre quels sont les liens entre la consommation d’images sexuelles, violentes et haineuses, et la construction identitaire à de l’adolescence, en essayant de comprendre quelles stratégies de distanciation sont adoptées par les adolescent·e·s en fonction de leur environnement social, culturel et affectif.

L’étude met en évidence que l’impact des images violentes, sexuelles ou haineuses est modéré par le capital social, culturel et affectif. Face à ces images, les jeunes mettent en place des stratégies diverses et n’ont donc pas une vulnérabilité commune. Il faut dès lors prendre en compte à la fois leur capacité de symbolisation, la qualité de la médiation parentale, mais aussi le niveau d’accès (et de limitation d’accès) aux écrans durant l’enfance.

Impossible de faire des généralités quant aux effets des images violentes et à caractère sexuel sur les jeunes : ces images n’ont pas d’effets directs mais font l’objet d’une appropriation active et critique individuelle. Ces effets sont modérés par les ressources interprétatives que chaque sujet est en mesure de mobiliser. « Si la pornographie peut avoir un fort pouvoir émotionnel, ses images n’ont pas pour autant le pouvoir magique d’implanter ex nihilo des préjugés sexistes [8] ». De même, les images violentes n’ont pas vocation à transformer les enfants et les jeunes en délinquant·e·s d’un coup de baguette magique.

Un nécessaire accompagnement à l’usage des médias

Nous l’avons vu, dans cette confrontation aux images violentes et sexuelles, l’environnement et les personnes ressources de l’enfant jouent un rôle essentiel. Un accompagnement peut être mis en place par les parents, mais aussi par le personnel éducatif des écoles, les éducateurs/trices, etc.

La violence et la sexualité font partie de notre société : leur mise en image peut avoir différents objectifs : attirer l’attention, subjuguer, exciter, pousser à l’achat, défouler certaines pulsions, etc. Il s’agit donc d’accompagner les enfants et les jeunes dans une lecture et une compréhension globale de ces images auxquelles ils/elles sont confronté·e·s. Plutôt que de parler d’éducation aux médias, il s’agit peut-être d’envisager un accompagnement à leur usage. Le fait d’accompagner, plutôt que d’éduquer permet d’entrer dans une logique horizontale et de mobiliser les ressources des enfants et des jeunes. (Per)mettre des mots sur les émotions et sensations ressenties devant ces images permet d’éclairer ce qui se joue en chacun·e d’eux/elles et de mettre en évidence l’impact individuel des images. Mais cela permet également de s’appuyer sur les ressources et sur les compétences des jeunes en termes d’appropriation critique et technique, et par là, de valoriser leurs propres compétences. C’est sans doute dans cette attention portée à la parole, aux sensations et émotions, et aux compétences que l’on pourrait observer une convergence de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), et de l’éducation aux médias, deux champs essentiels à l’élaboration des citoyen·ne·s de demain.

Lola Clavreul-Prat

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles



Licence Creative Commons
Enfants et jeunes adolescent·e·s face aux images violentes et sexuelles de Lola Clavreul-Prat est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.


[2Mercier, É. (2016). Pornographie, nouveaux médias et intimité normative dans les discours sur l’hypersexualisation des jeunes. Canadian Journal of Communication, 41(2)

[3Minotte, P. (2017) Coopérer autour des écrans. Ed. Yapaka

[4Tisseron, S. (2005) L’Enfant au risque des médias, disponible en ligne :

https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2005-1-page-15.htm (dernière consultation le 18 décembre 2018)

[5Idem

[6Sophie Jehel est Sophie Jehel est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 8/CEMTI (Centre d’études sur les médias, les technologies et l’internationalisation). Sociologue des pratiques médiatiques des jeunes et spécialiste en éducation aux médias : https://expertes.fr/expertes/67999-sophie-jehel (dernière consultation le 18 décembre 2018)

[7Jehel, S., & Attigui, P. (2018). Les adolescents face aux images violentes, haineuses et sexuelles, Mission de Recherche Droit et Justice).

[8Vörös, F. (2012). Les ados et le porno : analyse d’une controverse. La santé de l’Homme, (418), 16-18.



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