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Regard sur la sociabilité de l’enfant à travers les cultures enfantines
2018 | 08

Par Annick Faniel

Mots clés  : culture, enfance, acteur, identité, socialisation

Regard sur la sociabilité de l’enfant à travers les cultures enfantines

Les adultes s’efforcent de transmettre leurs savoirs aux enfants. Mais les enfants, dès leur entrée à la maternelle ou à l’école, apprennent également de leurs pairs. Quels savoirs enfantins méritent d’être transmis de leur point de vue ? Quelles en sont les spécificités et caractéristiques ? Cette analyse a pour objectif de poser un regard sur la sociabilité de l’enfant à travers la culture enfantine.

Le savoir des enfants

L’existence d’un savoir enfantin est tout d’abord pointé par les folkloristes [1], dès le XIXème siècle, qui mettent en évidence des inventaires de formulettes ou des résultats d’enquêtes montrant la transmission d’un savoir enfantin d’une génération à l’autre. Le savoir ludique en est un exemple phare, constitué de jeux et de connaissances propres aux enfants ainsi que celles transmises par les adultes et qu’ils se réapproprient en les mettant à l’épreuve par les pairs.

Prenons les jeux de corde en exemple. Ils débutent généralement par un objet donné aux enfants, un aménagement, quelques règles de base transmises ou proposées. Les enfants se saisissent de ces objets, élaborent des règles ou se les réapproprient, peuvent leur intégrer des éléments locaux, de leur imaginaire personnel et/ou de leur temps et donnent une dimension symbolique à leurs jeux. Ils se constituent dès lors un savoir commun qu’ils se transmettent et se réapproprient au fil des jours.

Que sont les cultures enfantines ?

Il s’agit de savoirs oraux qui appartiennent à une classe d’âge et se transmettent à l’intérieur de cette dernière, chaque jeu étant souvent associé à une période donnée de l’enfance (par ex. : jouer à papa et maman devient un « jeu de bébé » à un certain âge). Les savoirs sont accompagnés de compétences techniques et sociales (les savoir-faire) permettant de les valoriser auprès de leurs pairs. Les savoirs peuvent également être des « blagues, devinettes, comptines, langues secrètes, croyances et rituels « magiques » [2], de « pratiques langagières et vestimentaires [3] ».

Participant de la construction d’une identité commune, la « culture enfantine » peut se penser à l’échelle du groupe de pairs ou à l’échelle d’un pays. Les sociologues américains William Corsaro et Donna Eder la définissent comme « un ensemble d’activités ou d’occupations habituelles, de valeurs, artefacts et de relations que les enfants produisent et partagent pendant leurs interactions entre pairs » (1990). L’anthropologue de l’enfance et de la jeunesse, Julie Delalande, y intègre la notion de « savoir-être », c’est-à-dire « un code de relations, un système de valeurs et de représentations formant un ensemble cohérent [4] », définissant la culture enfantine comme « un ensemble de pratiques, de connaissances, de compétences et de comportements qu’un enfant doit connaître et maîtriser pour intégrer le groupe de pairs [5] ».

Les caractéristiques de la culture enfantine 

Cette vie sociale entre enfants et ce patrimoine culturel transmis entre pairs sont caractérisés par différentes dimensions qu’il nous semble intéressant d’expliciter.

Une socialisation horizontale

Tout petit, le monde social de l’individu est son milieu familial, mais il s’élargit dès son entrée dans un milieu d’accueil ou à l’école. Là, comme nous l’avons écrit plus haut, l’enfant noue des relations étroites avec des pairs. Les moments qu’ils passent avec eux, à l’abri du regard des adultes sont essentiels pour lui car, ensemble, les enfants apprennent et co-construisent une culture et une sociabilité propres, en partie autonomes vis-à-vis du monde adulte, et développent ainsi une identité basée sur leurs représentations du monde et savoirs partagés. Ainsi, une part de leurs connaissances, de leurs croyances et de leurs pratiques leur est transmise par leurs pairs ; ce que les enfants savent, pensent et font à un moment de leur existence ne leur a dès lors pas été entièrement appris par les adultes. « A côté de la socialisation verticale (entre adultes et enfants), une socialisation horizontale s’effectue précocement au sein des groupes d’enfants [6] ». Elle participe de manière importante à la construction des savoirs, des valeurs et des pratiques dans les premières années de la vie.

Une dimension collective de l’identité et un sentiment d’appartenance

Le fait que les enfants développent dès le plus âge des pratiques qu’ils n’ont pas apprises des adultes ou les actes de résistance que les enfants opposent aux consignes des adultes favorisent la dimension collective de l’identité de l’enfant. Ces actes génèrent un sentiment d’appartenance à un groupe et jouent un rôle important dans la construction de l’identité collective [7].

Les enfants acteurs et sujets dans le processus de socialisation

Les enfants sont actifs dans l’acquisition de savoirs, de savoir faire requis pour l’établissement de liens sociaux avec les pairs. Plus encore, il est intéressant de noter que les cultures enfantines peuvent former un « fonds commun » de savoirs et de pratiques partagé à une grande échelle à l’intérieur d’un même pays mais également à travers le monde. En ce sens, les enfants peuvent être considérés comme un groupe social producteur de comportements sociaux et développant sa propre culture. Il s’agit dès lors de sortir d’une conception des enfants comme objets d’une éducation, héritée des psychologues du développement, et de les considérer comme sujets de leur processus de socialisation et acteurs de la société.

Une réalité dynamique et hétérogène

A partir des observations effectuées dans différents quartiers de Rennes, Isabelle Danic,
sociologue, Maître de conférences à l’Université de Rennes 2, montre que la culture enfantine est une réalité à la fois dynamique et plurielle. Loin d’être figées, ces cultures et sociabilités évoluent selon les étapes du développement de l’enfant et les interactions quotidiennes des enfants entre eux, avec les adultes et avec leur environnement. « Chaque état de développement physique et mental, par ses capacités motrices, langagières, intellectuelles propres génère par lui-même des façons d’agir et de penser distinctes [8] ». En effet, les enfants modifient des règles de jeux et inventent de nouvelles activités ludiques, différentes de celles de la génération précédente.

Les cultures enfantines traversées par des différenciations sociales

Isabelle Danic constate, d’autre part, que la culture enfantine est hétérogène, et traversée par des différenciations sociales. Ainsi, les enfants, dans les relations et les propos qu’ils observent, par les interactions et les dénominations quotidiennes qu’ils vivent, dans leurs expériences du monde matériel qui les entoure, sont introduits aux classes : sociale, ethnique et de sexe. Elles sont apprises par l’éducation, par des actes et des discours des parents, des enseignants visant cet apprentissage, mais surtout par imprégnation ou par confrontation quotidienne. Ce bain permanent donne à l’ordre social un aspect inéluctable, quasi naturel et les enfants se l’approprient en s’y positionnant. Ils font leur ce monde social en s’y inscrivant, en s’identifiant aux catégories et aux rôles que les autres leur désignent [9].

Conclusion

Comme nous venons de le spécifier, la culture enfantine n’est pas un corpus clos, préétabli de pratiques et de représentations, mais bien une réalité sociale dynamique qui se produit et se reproduit, se transforme dans les actions et les relations quotidiennes des enfants entre eux et avec les autres. Une réalité sociale qui, par ailleurs, n’est pas homogène mais comporte des savoirs et des comportements disparates, voire antagonistes. Les cultures enfantines désignent les façons d’agir, de penser, de sentir, autrement dit les dispositions d’action, de représentation, de perception, produites et requises dans leurs interactions par les enfants et dans les relations entre catégories d’enfants, catégories générées par les rapports sociaux de la société englobante. Ces pratiques sont susceptibles non seulement de nous renseigner sur les aspects les plus profonds de la vie des enfants, mais aussi de nous aider à penser nos relations éducatives avec eux et à mieux comprendre l’être humain dans son ensemble et dans toute sa diversité. 

Annick Faniel

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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Regard sur la sociabilité de l’enfant à travers les cultures enfantines de Annick Faniel est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

[1Voir par exemple : Eugène Rolland, folkloriste au XIXème s., Jean Baucomont, ou Arnold Van Gennep, XXème s.

[2Court Martine, Sociologie des enfants, Collection Repères, La Découverte, 2017

[3Arleo Andy, Delalande Julie, Culture(s) enfantine(s). Un concept stratégique pour penser l’unité de l’enfance et la diversité de ses conditions, inPresses Universitqires de Rennes, 2011, [en ligne], http://www.pur-editions.fr/couvertures/1294156427_doc.pdf (dernière consultation le 29 août 2018)

[4Morin Denise, Durler Héloïse, « Modes de sociabilité enfantine dans l’espace public urbain et forme scolaire : une mise en perspective », dans Les formes de l’éducation : variété et variations. Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, « Raisons éducatives », 2005, p. 123-143, [en ligne] URL : https://www.cairn.info/les-formes-de-l-education-variete-et-variations—9782804149567-page-123.htm (dernière consultation le 29 août 2018)

[5Julie Delalande : « Culture enfantines et règles de vie. Jeux et enjeux de la cour de récréation ». Dans la revue Terrain, n°40, 2003

[6Court Martine, Sociologie des enfants, Collection Repères, La Découverte, 2017

[7Ibid.

[8Danic Isabelle, « La production des cultures enfantines. Ou la culture enfantine comme réalité dynamique

et plurielle », in Cultures enfantines : universalité et diversité, par Arleo A. et Delalande J., Presses universitaires de Rennes, 2011, 468p.

[9Ibid.



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