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©2018


La parentalité "identitaire" : parentalité de la décroissance ?
2018 | 07

Par Annick Faniel

Mots clés : parentalité, décroissance, famille, écologie, maternage, identitaire

La parentalité identitaire

La parentalité identitaire : de nouvelles manières d’être parent ?

Le 31 mai 2017, nous assistions à une présentation de la thèse de la sociologue Maya-Merida Paltineau intitulée « La parentalité identitaire : un nouveau type de famille, de nouvelles manières d’être parent ? » qui se déroulait à l’Université des Femmes de Bruxelles [1]. La « parentalité identitaire ». Tel est le concept nouveau proposé
par la sociologue à l’issue de sa recherche et de sa thèse. Au sein de cette analyse, il nous semble intéressant d’aborder ce concept, de le définir et de le contextualiser à travers ses origines et l’essor de ses pratiques. Dès lors est-ce une mise en lumière de la présentation de la thèse, alimentée par notre réflexion sur les questions de parentalité.

Se définir et s’identifier par son rôle de parent 

« Je suis maman », « je suis papa », il s’agit avant tout pour le parent de s’identifier par son rôle de parent, notamment à travers la manière d’investir le rôle ; de s’en saisir pour opérer une transformation de sa vie.

Maya-Merida Paltineau constate que ce sont des parents généralement très investis et très concernés par leur rôle de parent, dont le mode de vie s’inscrit dans le contexte post-industriel et une réflexion sur les limites du développement capitaliste ainsi que son bilan mitigé en termes écologiques et sociaux notamment. En d’autres termes, les démarches de ces parents relèvent du mouvement de la décroissance.

La décroissance

A l’opposé de la citation « je dépense donc j’existe », le mouvement de la décroissance se caractérise par la mobilisation et la participation active du citoyen dans l’interprétation du monde et dans sa vie. Il ne s’agit pas d’une théorie mais de « positions prises contre certaines tendances du système qui ne concourent pas forcément au bien-être social [2] ». Ces dernières sont liées au « constat du déclin des ressources naturelles et la finitude des énergies fossiles, engendrant un impératif à la fois moral et écologique d’insérer l’économie dans une pensée des cycles, dans une pensée du partage, dans une pensée de la sobriété et dans une pensée de l’agriculture [3] ».

La simplicité volontaire est une articulation de la résistance à la société de croissance. On réutilise, on renonce à certains objets qui appartiennent à une société de consommation effrénée. Les initiatives « zéro déchet » ou « seconde main » sont des exemples de pratiques générales développées dans le but d’épurer son quotidien, de faire soi-même, de privilégier le local, la communauté. Le partisan de la simplicité volontaire troque la consommation d’un bien superflu contre un enrichissement de nature différente. Les comportements et pratiques ainsi développés par les individus participent d’une démarche de réflexion et de réaction par rapport aux possibles mais également au sens de la vie. Serge Latouche, économiste et philosophe, [4] [5] évoque un modèle en cycle dit des 8 « R [6] » recouvrant successivement :

  • Réévaluer : il faut se pencher sur les valeurs fondamentales de nos sociétés ainsi que sur les modes de fonctionnement qu’elles impliquent : p.ex. la publicité comme arme de pression à la surconsommation.
  • Reconceptualiser : pour évoluer vers une « nouvelle » société, il faut en définir les ressorts, les concepts fondamentaux : p. ex. comment serait définie la situation de pauvreté, ...
  • Restructurer : s’il semble indispensable et inévitable de sortir du capitalisme, il faut alors également changer les rapports de production et sortir de l’esprit qui définit par un cadre économique toutes les données de notre vie.
  • Redistribuer : tant les avoirs que les droits de tirage sur les ressources de la planète doivent être répartis plus équitablement entre tous les humains.
  • Relocaliser : réapprendre à vivre en considérant son lieu de vie comme le centre du monde ; se donner comme règle de ne pas y prélever plus que possible ainsi que ne pas le souiller plus qu’il ne peut absorber.
  • Réduire : pour vivre ainsi, il est inévitable de réduire nos consommations, nos transports, nos emballages...
  • Réutiliser : dans l’intention de stopper l’obsolescence programmée, il nous faut revenir à des choses, à des objets, à des outils durables, réparables...
  • Recycler : arrivés en fin de vie, les choses, les objets, les outils doivent être conçus pour se transformer à nouveau en matière première pour d’autres productions et pas comme actuellement en déchets.

Les critiques issues de la décroissance ne sont dès lors pas formulées uniquement pour des raisons matérielles, le fondement demeure également moral : « ce n’est pas par l’accumulation d’objets que l’homme se realise [7] ».



Décroissance et parentalité

Ainsi que le souligne Maya-Merida Paltineau, la parentalité « identitaire » semble s’inscrire en grande partie dans ce contexte et cette démarche. Bien que ne se définissant pas explicitement comme partisans de la décroissance, les parents identitaires se regroupent autour de différentes convictions et pratiques proches du mouvement de la décroissance :

  • Tout d’abord, un rapport à la consommation et à l’écologie. La parentalité identitaire se caractérise souvent, comme expliqué ci-dessus, par une simplicité volontaire et une sobriété matérielle. Face à la panoplie et au marché de la puériculture, les parents optent pour le matériel de seconde main, le partage ou le troc et n’hésitent pas à utiliser des couches lavables par exemple, de façon à préserver activement l’environnement.
  • Un rapport à la santé et au développement dans une optique de réappropriation de soi. Les parents « identitaires » sont souvent des personnes diplômées et/ou de classe supérieure, bien que le courant commence à concerner d’autres classes sociales. Ils sont avides d’informations, se documentent sans cesse, tant dans le domaine de la santé que dans le domaine de l’éducation ou le développement global de l’enfant. Ils font valoir leur savoir par l’expérience et se positionnent « en précepteurs de normes en concurrence à l’Etat », marquant un changement du rapport de l’individu à l’Institution » explique Maya-Merida Paltineau. Cela se traduit notamment par une pratique des médecines douces et alternatives souvent valorisées par les parents « identitaires ».
  • Un rapport au corps, repensé et réinvesti. La parentalité identitaire permet en effet de repenser la gouvernance des corps, que ce soit dans l’accouchement qui met en avant l’empowerment des femmes [8], mais également dans l’éducation et le soin apporté à l’enfant dès sa naissance. Le portage, le peau à peau, le co-dodo ou co-sleeping (consiste à dormir avec son enfant dans le lit ou à proximité), l’allaitement sont autant de pratiques observées par la sociologue. L’allaitement est souvent tardif (au-delà d’un an) et le sevrage naturel. Ces pratiques relèvent de ce que l’on appelle le « maternage proximal [9] » ou « parentage proximal » (pratiques effectuées également par le père ou partenaire, valorisant son investissement et réalisant son affirmation identitaire) qui favorise l’investissement relationnel, le bien-être de l’enfant et de son développement.
  • Un rapport à l’éducation et aux pédagogies alternatives. La cellule familiale est revalorisée, l’approche éducative est souvent marquée par l’absence de punition ou de récompense mais également par des pédagogies éducatives alternatives (comme Freinet, Montessori, Steiner,…), voire l’instruction en famille [10].

La parentalité identitaire : la cellule familiale revalorisée

L’ensemble des pratiques énoncées n’est pas exhaustif. En outre, chaque famille a son propre fonctionnement et développe davantage certaines pratiques plutôt que d’autres, ce qui amène Maya-Merida Paltineau à parler de polyculture familiale.

Toutefois, à travers cette analyse et la thèse de la sociologue Maya-Merida Paltineau [11], il nous semble intéressant de mettre en exergue les transformations sociales qui permettent à la parentalité identitaire de se manifester. Ce mouvement « né il y a une dizaine d’années » détaille Maya-Merida Paltineau, semble gagner de l’ampleur et induit des changements sociaux et des mutations au cœur de la famille : « les rôles parentaux sont redéfinis, notamment en gommant les différences de genre et les inégalités hommes-femmes, et la cellule familiale est revalorisée [12] ». Ainsi existe-t-il aujourd’hui des personnes qui se définissent avant tout par leur parentalité, par le fait d’être parent, et non par leur profession par exemple, alimentant leur rôle par de nombreuses pratiques pensées et développées à partir des questions et transformations sociales telles que notre contexte socio-économique actuel, l’évolution des familles et de la parentalité [13], les questions relatives à la médicalisation, la santé et au soin ou encore les questions liées à l’éducation. « Le clivage entre la sphère privée et la sphère publique est remis en question, tout comme ce phénomène soulève les questions très actuelles de la qualité de vie, de l’écologie et de la décroissance [14] ».

Annick Faniel

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Licence Creative Commons
La parentalité "identitaire" : parentalité de la décroissance ? de Annick Faniel est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

[1http://www.amazone.be/spip.php?article5672&lang=fr (site consulté le 30 avril 2018)

[2St-Amant François : La décroissance : une théorie à contre-courant, Mémoire, Université du Québec à Montréal, 2014, p. 59 : https://archipel.uqam.ca/6089/1/M13419.pdf (site consulté le 30 avril 2018)

[3Propos d’Agnès Sinaï, journaliste environnementale, pour Economie de l’après-croissance, Presses de Sciences-Po, émission Terre-à-terre : “La décroissance (1)”, 7 novembre 2015, France culture : https://www.franceculture.fr/emissions/terre-terre/la-decroissance-1 (site consulté le 30 avril 2018)

[4Serge Latouche (12 janvier 1940), économiste, philosophe, contributeur historique de la revue du MAUSS, est l’un des premiers théoriciens de la décroissance en France. Il a notamment écrit Survivre au développement : De la décolonisation de l’imaginaire économique à la construction d’une société alternative (Mille et une nuits, 2004) et Petit Traité de la décroissance sereine (Mille et une nuits, 2007). En mai 2016, il a publié Les Précurseurs de la décroissance. Une anthologie (Le passager clandestin).

[5Vidéo interview de Serge Latouche qui explique et définit la décroissance : http://www.dailymotion.com/video/x1ho9e (site consulté le 30 avril 2018)

[6Extrait d’un billet de Dominique Masset sur la conférence “Travail et décroissance” de Serge Latouche : https://www.amisdelaterre.be/?Travail-et-Decroissance-Conference-de-Serge-Latouche-a-Namur-Compte-rendu

(site consulté le 2 mai 2018)

[7Clerc, Denis, “De l’état stationnaire à la décroissance : histoire d’un concept flou”, L’Economie politique, 2004/2, n°22 : https://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2004-2-page-76.htm (site consulté le 3 mai 2018)

[8Voir à ce sujet notre étude : L’expérience de la maternité. L’émergence du Cocon, premier gîte de naissance en Belgique, par Annick Fanie, CERE, 2014 : http://www.cere-asbl.be/spip.php?article287 (site consulté le 3 mai 2018)

[9Le maternage intensif ou ’proximal’ fait de plus en plus d’adeptes en France. La pratique a émergé outre-Atlantique, portée par le pédiatre américain William Sears, auteur de l’expression ’attachment parenting’ et s’est diffusée notamment par les canaux de l’association pour l’allaitement, la Leche League.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/vous/article/2010/01/16/le-maternage-proximal-fait-des-adeptes-et-provoque-la-controverse_1292686_3238.html (site consulté le 3 mai 2018)

[10NB : les pédagogies alternatives ainsi que l’instruction à domicile existent en Belgique. Nous aborderons ces sujets dans nos analyses ultérieures.

[11L’enquête sociologique se compose de 71 entretiens semi-dirigés, de 19 analyses de blogs parentaux, et de nombreuses observations in situ.

[12Extrait du résumé de la thèse La parentalité identitaire : un nouveau type de famille, de nouvelles manières d’être parent ?, par Maya-Merida Paltineau, soutenue en 2016 à Paris, EHESS : http://www.theses.fr/2016EHES0056 (site consulté le 3 mai 2018)

[13Rappelons que le modèle de la famille traditionnelle a laissé la place à diverses formes familiales et diverses dimensions de la parentalité. La parentalité est aujourd’hui un terme générique de l’évolution de la structure familiale, qui peut se décliner en « parentalité isolée », « parentalité adoptive », « parentalité recomposée », « monoparentalité », « homoparentalité », « pluriparentalité »…

[14Extrait du résumé de la thèse La parentalité identitaire : un nouveau type de famille, de nouvelles manières d’être parent ?, par Maya-Merida Paltineau, soutenue en 2016 à Paris, EHESS : http://www.theses.fr/2016EHES0056 (site consulté le 3 mai 2018)



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